Depuis juin 2006, le développement durable est devenu une loi québécoise. Cette Loi 118 reflète l’émergence d’une conscience humaine et sociale qui transcende les frontières. Le réchauffement de la planète, les émissions de gaz à effet de serre et le recyclage sont maintenant des préoccupations planétaires. Partout sur le globe et dans n’importe quelle langue, le développement durable est devenu un sujet d’actualité très « in ». Cette prise de conscience universelle interpelle également l’industrie québécoise de la maçonnerie. Le texte qui suit réunit les réflexions de membres de l’AEMQ sur les 16 principes du développement durable énumérés dans la Loi 118. Mais auparavant, voici quelques considérations préliminaires.
A- Considérations préliminaires
Le développement durable et le bâtiment
La définition consensuelle du développement durable est limpide. C’est : « Un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » (Rapportde la Commission mondiale sur l’environnement et le développement Bruntdland). Notre société est loin du compte. Nos habitudes de construction sont en partie responsables de ce retard en bâtissant sans se préoccuper de ce que nous léguons aux générations futures.
Manger et s’abriter sont les deux activités fondamentales des humains.Au Québec, la construction représente 10 % du PIB, tout juste derrière l’agroalimentaire qui occupe le premier rang. La construction génère de considérables quantités de résidus : bois, plâtre, métaux. De plus, pour réduire les coûts, on installe trop souvent des produits de moindre qualité, peu durables. Ces produits sont inefficaces au plan énergétique et ils contribuent à la détérioration rapide de notre parc immobilier.
La démographie assombrit le tableau. Selon les prévisions, les deux tiers de la population active québécoise seront à leur retraite dans 20 ans. Que fera la société lorsqu’il ne restera qu’un tiers des travailleurs pour construire et entretenir ces bâtiments construits avec des matériaux de seconde qualité. Une solution s’impose : opter pour des bâtiments durables et énergétiquement efficaces. La maçonnerie est un moyen d’y parvenir.
La loi 118
La Loi sur le développement durable prévoit que l’ensemble du gouvernement devra inclure dans le processus décisionnel les 16 principes de participation sociale et de respect de l’environnement. Depuis avril 2007, la Loi prévoit également que chaque ministère devra prendre des actions concrètes pour incorporer le développement durable dans ses programmes. Malheureusement, la Loi ne prévoit aucune sanction pour ramener à l’ordre les ministères qui ne respecteraient pas ces règles.
La notion de cycle de vie des produits
Le cycle de vie des produits est une notion importante à intégrer. Très bientôt, les produits vraiment concurrentiels seront ceux qui respecteront les principes du développement durable depuis leur fabrication jusqu’à l’élimination. Les matériaux de maçonnerie détiennent un avantage. Ils ont été éprouvés par des millénaires d’utilisation. Les éléments et les liants sont constitués de pierre et d’argile. Les caractéristiques de ces matériaux sont connues. Leur qualité et leur durabilité ne sont plus à démontrer. De plus, ils sont réutilisables touten conservant leur efficacité après plusieurs années.
B- LES SEIZE PRINCIPES DE DÉVELOPPEMENT DURABLE ET LES COMMENTAIRES
1. Santé et qualité de vie
Les personnes, la protection de leur santé et l'amélioration de leur qualité de vie sont au centre des préoccupations relatives au développement durable. Les personnes ont droit à une vie saine et productive, en harmonie avec la nature.
Construire en maçonnerie favorise le bien-être et la santé des personnes. De la fabrication des matériaux à l’installation des éléments, la maçonnerie respecte l’environnement. Ces matériaux sont tirés d’une matière première qui permet à la maçonnerie de se transformer naturellement au fil du temps. Ce caractère naturel permet aux bâtiments en maçonnerie de s’intégrer harmonieusement à l’environnement urbain et naturel.
Que ce soit en construction résidentielle, commerciale, institutionnelle ou industrielle, l’utilisation de maçonnerie est un facteur de santé, de sécurité et de qualité de vie. Par exemple, la maçonnerie ne produit pas de COV, même après instalation.
Les matériaux et éléments de maçonnerie sont sans égal. Ils ne s’altèrent ni à l’eau, ni au feu. Ils ne pourrissent pas, ne se détériorent pas, n’alimentent aucune moisissure et ne se déforment pas. Ils améliorent le confort et la qualité de vie : ils insonorisent les murs et accroissent leur efficacité grâce au facteur R additionnel de leur masse thermique. Les bâtiments de maçonnerie ont aussi une grande résistance structurale. Ils possèdent encore d’autres atouts : ils abaissent des coûts énergétiques, exigent peu d’entretien et sont facilement modifiables. Enfin, leurs matériaux sont recyclables et réutilisables.
Tous ces avantages améliorent la santé et la sécurité des occupants tout en assurant leur confort et une meilleure qualité de vie. Grâce à la maçonnerie, les générations futures profiteraient très longtemps d’un environnement sain et sécuritaire.
2. Équité et solidarité sociale
Les actions de développement doivent être entreprises dans un souci d'équité intra et intergénérationnelle ainsi que de solidarité sociale.
La meilleure façon d’assurer cette équité sociale est de construire durablement. La maçonnerie est synonyme de durée. Les bâtiments en maçonnerie possèdent un long cycle de vie qui s’étend sur plusieurs générations. En construisant en maçonnerie, nous assurerons notre confort tout en transmettant aux générations futures un patrimoine de bâtiments durables, faciles à entretenir, sans coûts énergétiques excessifs, et modifiables en fonction de leurs besoins.
Tout comme le savaient nos ancêtres, seuls des bâtiments durables peuvent transmettre un riche héritage et une belle culture architecturale. La maçonnerie est un patrimoine qu’il nous appartient de créer pour le léguer aux générations futures.
3. Protection de l’environnement
Pour parvenir à un développement durable, la protection de l'environnement doit faire partie intégrante du processus de développement.
La maçonnerie est le matériau environnemental par excellence. La maçonnerie provient du sol et retourne au sol sans effet nuisible sur l’environnement. Construire en maçonnerie, c’est protéger l’environnement.
Matière première :
Notre matière première, l’argile et la pierre calcaire, est quasi inépuisable, puisqu’elle forme lacroûte terrestre. Les carrières actuelles seront en activité pendant de longues années, même si les agglomérations urbaines s’étendent tout autour d’elles.
Écosystème :
La maçonnerie n’endommage pas l’écosystème par étalement puisque les activités demeurent sur les mêmes sites. De plus, la maçonnerie favorise la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) : fabriquer une tonne de maçonnerie crée moins d’une tonne de GES.
Recyclage :
La fabrication des produits cimentaires utilise des tonnes de rejets industriels. La maçonnerie constitue ainsi la seule option de recyclage pour plusieurs autres activités industrielles. De plus la maçonnerie est réutilisable après plusieurs années. Les pierres et briques peuvent ainsi avoir plusieurs vies.
Enfouissement :
Et si, en dernier recours, ces matériaux doivent être enfouis, c’est uniquement de la pierre et de l’argile qui retournent à la terre.
4. Efficacité économique
L'économie du Québec et de ses régions doit être performante, porteuse d'innovation et d'une prospérité économique favorable au progrès social et respectueuse de l'environnement.
Le parc immobilier du Québec constitue une partie de notre prospérité économique collective. Or, la valeur économique des bâtiments s’accroît lorsque ces bâtiments sont construits en maçonnerie. Ils sont plus esthétiques, plus durables, offrent un meilleur rendement énergétique et réduisent les frais d’entretien. Cette valeur additionnelle profite à chaque propriétaire et augmente la valeur foncière des parcs immobiliers. L’activité industrielle est une source de prospérité collective. La plupart des fabricants de matériaux de maçonnerie sont établis en région. Ils aident à assurer la prospérité de l’économie locale, dans le respect de l’environnement.
Innovation :
Les fabricants, les distributeurs et les maçons contribuent directement à l’innovation en maçonnerie. Cette innovation porte sur le rendement énergétique des matériaux, leurs caractéristiques mécaniques et esthétiques ainsi que sur les techniques de mise en œuvre.
L’environnement
Favoriser le développement durable demande une analyse des distances parcourues de notre matière première. Puisque les briqueteries sont à proximité de leurs carrières, cela élimine déjà une étape de transport. La livraison restreinte de nos produits finis est un facteur important. La longévité et la durabilité des éléments de maçonneries sont reconnues (cela peut aller jusqu'à 400 ans avant de reproduire les mêmes éléments) nous évitons de ce fait et à courte échéance la reproduction et du transport des matières premières et produits finis.
5. Participation et engagement
La participation et l'engagement des citoyens et des groupes qui les représentent sont nécessaires pour définir une vision concertée du développement et assurer sa durabilité sur les plans environnemental, social et économique.
Le bâtiment est une des réalités que le public comprend le mieux. Les citoyens s’entendent pour dire que construire en maçonnerie concourt efficacement au développement durable puisque la maçonnerie favorise l’environnement et des économies d’énergie.
Le public sait aussi que la maçonnerie représente une excellente alternative écologique. En optant pour de la maçonnerie, les individus participent au développement durable dont l’avenir de notre planète dépend.
6. Accès au savoir
Les mesures favorisant l'éducation, l'accès à l'information et la recherche doivent être encouragées de manière à stimuler l'innovation ainsi qu'à améliorer la sensibilisation et la participation effective de la société civile à la mise en œuvre du développement durable.
La maçonnerie se prête bien à cette exigence. D’abord parce qu’elle est un support de l’histoire. La majorité des bâtiments patrimoniaux et historiques sont en maçonnerie. Ils éduquent par le transfert d’informations sociales et culturelles à travers les générations et cela depuis des millénaires. L’étude des bâtiments et les fouilles archéologiques nous permettent de découvrir les secrets du passé, qui auraient été perdus s’ils n’avaient été conservés dans des bâtiments durables en maçonnerie ou inscrits dans la pierre.
La maçonnerie est également une activité industrielle dynamique. Plusieurs manufacturiers poursuivent le développement de leurs produits pour améliorer leurs performances environnementales alors que le milieu de la maçonnerie se concerte avec le ministère de l’Éducation pour élaborer des cours destinés à inculquer les principes de développement durable à la relève.
Les plans de bâtiment et les descriptions des méthodes de construction doivent être conservés et transmis par héritage. Ce transfert de connaissances de génération en génération est un aspect du développement durable.
7. Subsidiarité
Les pouvoirs et les responsabilités doivent être délégués au niveau approprié d'autorité. Une répartition adéquate des lieux de décision doit être recherchée, en ayant le souci de les rapprocher le plus possible des citoyens et des communautés concernés.
Les décideurs détiennent une grande influence sur les choix des citoyens. L’industrie de la maçonnerie est en mesure de leur procurer des avis fiables et sûrs en matière de construction environnementale, écoénergétique et durable. Une réglementation municipale est parfois plus efficace qu’une loi provinciale.
La sensibilisation de la population aux avantages de la maçonnerie crée un effet positif global. Les entreprises doivent comprendre qu’en choisissant la protection environnementale, elles se donnent une image de marque positive auprès du public. Passer par les architectes, c’est bien! Mais, c’est plus efficace si le client exige lui-même de la maçonnerie parce qu’il est convaincu qu’elle protège l’environnement. Les chefs d’entreprises sont aussi des individus qu’il faut convaincre.
8. Partenariat et coopération intergouvernementale
Les gouvernements doivent collaborer afin de rendre durable le développement sur les plans environnemental, social et économique. Les actions entreprises sur un territoire doivent prendre en considération leurs impacts à l'extérieur de celui-ci.
Les gouvernements sont les plus gros donneurs d’ouvrage du Québec. Leurs décisions doivent favoriser les technologies liées au développement durable comme la construction en périphérie de masse. Cette méthode réduit les coûts énergétiques, augmente la sécurité et la durabilité des bâtiments. L’impact financier positif de cette mesure n’est pas négligeable.
9. Prévention
En présence d'un risque connu, des actions de prévention, d'atténuation et de correction doivent être mises en place, en priorité à la source.
La maçonnerie est la solution qui maximise le plus l’absence de risque et le haut rendement. Elle élimine à la source les risques en utilisant des matériaux comme l’argile, la pierre et le béton. Les bâtiments construits en périphérie de masse vont plus loin encore par leur résistance, de leur sécurité et leur durabilité accrues.
10. Précaution
Lorsqu'il y a un risque de dommage grave ou irréversible, l'absence de certitude scientifique complète ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l'adoption de mesures effectives visant à prévenir une dégradation de l'environnement.
L’AEMQ, en collaboration avec l’Université Concordia, développe des outils scientifiques pour évaluer ces risques. Cette initiative vise à établir des certitudes scientifiques concernant l’absence de dégradations environnementales liées à l’utilisation de la maçonnerie. En fait, l’analyse du passé indique déjà que la maçonnerie ne cause pas de dommages graves ou irréversibles à l’environnement tout en fournissant des rendements supérieurs.
11. Protection du patrimoine culturel
Le patrimoine culturel, constitué de biens, de lieux, de paysages, de traditions et de savoirs, reflète l'identité d'une société. Il transmet les valeurs de celle-ci de génération en génération et sa conservation favorise le caractère durable du développement. Il importe d'assurer son identification, sa protection et sa mise en valeur, en tenant compte des composantes de rareté et de fragilité qui le caractérisent.
Le patrimoine architecture québécois est essentiellement de maçonnerie. Le Québec possède de très nombreux bâtiments de maçonnerie ou comportant des éléments de maçonnerie. Ils constituent notre patrimoine culturel. Leur conservation a permis de transmettre de génération en génération une tradition qui reflète notre identité collective. L’industrie possède les techniques de construction qui permettent de les restaurer adéquatement.
12. Préservation de la biodiversité
La diversité biologique rend des services inestimables et doit être conservée au profit des générations actuelles et futures. Le maintien des espèces, des écosystèmes et des processus naturels qui entretiennent la vie est essentiel pour assurer la qualité de vie des citoyens.
La maçonnerie possède un impact négligeable sur la biodiversité. L’extraction des matières premières et la fabrication de matériaux ne menacent aucun écosystème. De plus, la fabrication d’une tonne de ces matériaux émet une tonne et moins de GES. En sollicitant si peu l’environnement, la maçonnerie rend un service inestimable aux générations actuelles et futures.
13. Respect de la capacité de support des écosystèmes
Les activités humaines doivent être réalisées en ayant le souci de toujours respecter la capacité de support des écosystèmes et de ne pas dépasser le seuil au-delà duquel les fonctions et l'équilibre d'un milieu seraient irrémédiablement altérés.
L’industrie de la maçonnerie s’avère un exemple pour le respect de la capacité de support des écosystèmes sans altérer l’équilibre des milieux. Les activités des carrières sont très peu polluantes.
14. Production et consommation responsable
Des changements doivent être apportés dans les modes de production et de consommation en vue de rendre ces dernières plus viables et plus responsables sur les plans social et environnemental, entre autres par l'adoption d'une approche d'éco efficience, qui évite le gaspillage et qui optimise l'utilisation des ressources.
L’optimisation de l’utilisation des ressources est importante. Les promoteurs et donneurs d’ouvrage doivent être conscientisés sur l’impact de leur sélection de produits. Actuellement, seul le coût de production est pris en compte sans se préoccuper du coût réel qui intègre les économies à long terme procurées par des matériaux à haut rendement.
16. Pollueur payeur
Les personnes qui génèrent de la pollution ou dont les actions dégradent autrement l'environnement doivent assumer leur part des coûts des mesures de prévention, de réduction et de contrôle des atteintes à la qualité de l'environnement et de la lutte contre celles-ci.
L’industrie de la maçonnerie est parmi les moins polluantes de la construction et les travaux maçonnerie entraînent le moins de pertes. De plus, les résidus acheminés vers les sites d’enfouissement ne comportent aucun risque pour l’environnement.
17. Internalisation des coûts
Le coût des biens et des services doit refléter l'ensemble des coûts qu'ils occasionnent à la société durant tout leur cycle de vie, de leur conception jusqu'à leur consommation ou disposition finale.
Toutes les analyses le démontrent, le rapport qualité-coût d’un bâtiment de maçonnerie est le plus avantageux. La maçonnerie offre un coût initial de mise en œuvre qui demeure stable au fil des ans. Si le bâtiment est construit en périphérie de masse, des bénéfices financiers seront générés par les économies accumulées au long du cycle de vie du bâtiment. La maçonnerie est de loin la meilleure solution en construction pour le futur.
LA MAÇONNERIE, UNE SOLUTION EFFICACE .